Le Selvaggio Blu n’est pas une version « plus sportive » d’une balade sur le littoral sarde : c’est un itinéraire côtier alpin, long de plus de 40 km, où la marche se mêle aux rappels, aux vires aériennes et à l’orientation dans le karst. Le Gennargentu, lui, permet de vivre la montagne sarde à des niveaux beaucoup plus variés, des promenades forestières aux canyons et aux crêtes exigeantes.
Randonnée en Sardaigne : Selvaggio Blu ou Gennargentu ?
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Dans ma façon de préparer une randonnée en Sardaigne, cette distinction évite la plus grosse erreur : choisir le Selvaggio Blu uniquement pour ses calanques, puis découvrir sur place qu’il faut maîtriser le matériel de progression sur corde. Les deux secteurs sont magnifiques, mais ils ne demandent ni la même expérience, ni la même logistique, ni le même rapport au risque.
Selvaggio Blu et Gennargentu : choisir l’expérience adaptée
La côte est concentre les paysages les plus spectaculaires de l’île : falaises calcaires du golfe d’Orosei, eaux claires, ravins secs et criques comme Cala Goloritzé, Cala Mariolu, Cala Biriala ou Cala Sisine. L’intérieur du Gennargentu révèle une autre Sardaigne, plus silencieuse, faite de plateaux, de forêts, de sentiers pastoraux et de reliefs schisteux.
Pour une vision d’ensemble des itinéraires, des saisons et des niveaux disponibles sur l’île, la page consacrée à la randonnée en Sardaigne constitue un bon point de départ. Ici, l’objectif est de comprendre ce qui sépare réellement les deux grands territoires de marche de l’est sarde.
| Zone | Type de sortie | Durée habituelle | Pour qui ? | Base pratique |
|---|---|---|---|---|
| Selvaggio Blu | Trek côtier technique avec progression sur corde | 4 à 7 jours pour l’intégrale | Randonneurs très expérimentés ou personnes encadrées | Santa Maria Navarrese, Baunei, Cala Gonone |
| Cala Goloritzé depuis le plateau de Golgo | Randonnée côtière à la journée | Environ 3 h 30 | Marcheurs habitués aux pentes soutenues | Baunei et plateau de Golgo |
| Gennargentu et Su Gorropu | Montagne, canyon, forêts et crêtes | De 1 à 6 heures selon l’itinéraire | Du promeneur au randonneur confirmé | Nuoro, Fonni, Aritzo, Desulo |
Le Selvaggio Blu : le trek le plus engagé de la côte sarde
Le Selvaggio Blu se déroule entièrement sur le territoire de Baunei, entre le secteur de Santa Maria Navarrese et Cala Sisine, le long des falaises du golfe d’Orosei. Son tracé classique commence autour de Pedra Longa et progresse vers le nord. Selon les variantes, il totalise environ 40 à 45 km, avec près de 4 400 m de dénivelé positif cumulé sur les versions complètes.
Ces chiffres surprennent souvent : la distance paraît modeste pour un trek de plusieurs jours. Sur le terrain, les kilomètres avancent lentement. Le maquis, les dalles calcaires, les passages équipés, les descentes raides et les zones sans balisage continu imposent une progression méthodique. Certaines sections atteignent la cotation IV+ UIAA, tandis que d’autres relèvent de l’EEA, une catégorie italienne d’itinéraire équipé.
La partie que je considère comme décisive dans le choix de cet itinéraire est la suivante : savoir marcher longtemps ne suffit pas. Il faut être à l’aise avec le vide, savoir utiliser baudrier, casque, descendeur et longes, et pouvoir évoluer sur des passages où l’erreur d’orientation coûte beaucoup de temps et d’énergie.
- Étape 1 → évaluer ses compétences techniques → déterminer si l’intégrale est réaliste. Une expérience de rappel, de désescalade et de terrain non balisé est indispensable pour envisager le parcours autonome.
- Étape 2 → choisir une version du trek → adapter la durée à son niveau. Les itinéraires organisés s’étalent généralement sur cinq ou six jours, avec des variantes plus courtes ou une extension vers Cala Luna.
- Étape 3 → prévoir l’eau et les nuits → conserver une marge de sécurité. Il n’existe pas de refuges gardés de style alpin sur le tracé ; les nuits se font en bivouac léger ou sur des emplacements semi-structurés.
- Étape 4 → organiser la sortie de trek → éviter une arrivée sans solution de retour. Cala Sisine et Cala Luna sont reliées à Cala Gonone par la mer ou par des pistes depuis l’intérieur de l’île.
Ce qui fonctionne le mieux : partir avec un guide local ou intégrer un groupe encadré lorsque l’on ne possède pas une pratique autonome et régulière de la corde. C’est aussi la formule la plus simple pour les ravitaillements, le transport de certains sacs et la gestion des passages techniques.
À ne pas sous-estimer : des rappels de 35 m existent sur certaines variantes et des longueurs de 45 à 50 m apparaissent sur les portions les plus engagées. Une corde trop courte, un descendeur mal maîtrisé ou une météo instable ne se compensent pas avec de la motivation.
Le matériel qui fait vraiment la différence
- Chaussures avec semelle adhérente, déjà testées sur rocher sec et terrain instable.
- Casque, baudrier, descendeur, mousquetons de sécurité et longes adaptées aux sections équipées.
- Sac capable de porter plusieurs litres d’eau sans déséquilibrer la marche.
- Protection solaire complète : sur les falaises blanches, l’ombre est rare et la réverbération fatigue vite.
- Navigation hors ligne et batterie de secours, sans considérer le téléphone comme un substitut aux compétences d’orientation.
Le piège classique consiste à réduire le Selvaggio Blu à une succession de criques. Cala Goloritzé, Cala Mariolu et Cala Sisine sont bien des récompenses extraordinaires, mais elles se méritent par un itinéraire de montagne côtier. Pour profiter du golfe d’Orosei sans cet engagement, il est plus judicieux de s’appuyer sur Cala Gonone, point de départ majeur vers les calanques et les sorties en mer.
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Le Gennargentu : la montagne sarde dans une version plus modulable
Le massif du Gennargentu s’étend entre la Barbagia et l’Ogliastra, au centre-est de l’île. Il abrite les plus hauts sommets sardes et change complètement l’ambiance : ici, le regard passe des falaises maritimes aux châtaigniers, aux chênes, aux pentes ouvertes et aux villages de montagne.
Ce que j’apprécie dans cette zone est sa souplesse. On peut construire un séjour autour de sorties faciles de 3 à 4 km, de randonnées intermédiaires de 7 à 9 km, ou de parcours experts d’environ 10 km sur des crêtes plus exposées. Le Gennargentu demande toujours de la préparation, notamment face au vent, au brouillard ou à la chaleur, mais il n’impose pas les rappels et l’escalade du Selvaggio Blu.
La ville de Nuoro est une base cohérente pour rayonner vers la Barbagia, les villages de l’intérieur et le canyon de Su Gorropu. Fonni, Aritzo et Desulo conviennent davantage à celles et ceux qui veulent se rapprocher des reliefs et des départs de montagne.
Trois façons d’aborder le secteur de Su Gorropu
Le canyon de Su Gorropu, l’un des plus profonds d’Europe, offre des parois pouvant atteindre 500 m de haut. Le choix de l’approche modifie fortement la journée : il faut le faire avant de s’engager, car la fatigue se joue surtout sur le retour.
| Approche | Distance et dénivelé | Caractère de l’itinéraire |
|---|---|---|
| Parking de Ghenna Silanna | 8 km aller-retour, environ 700 m de dénivelé positif | Descente marquée vers le canyon, suivie d’une remontée exigeante. |
| Ponte di S’Abba Arva | 14 km aller-retour, sans dénivelé notable | Progression le long de la rivière, plus longue mais moins verticale. |
| Dépose en jeep | Environ 8 km au total, dont 80 m de dénivelé ; point de dépose à environ 3 km de l’entrée | Solution qui limite l’essentiel de la montée et permet de concentrer l’effort sur le canyon. |
Pour une première randonnée dans le Gennargentu, je privilégie un objectif clair plutôt qu’une journée surchargée : Su Gorropu, Monte Fumai, Monte Santu Juvanne ou la route des Tacchi. Cette dernière se parcourt généralement en 5 à 6 heures et donne une bonne lecture des reliefs karstiques caractéristiques de l’intérieur sarde.
Cala Goloritzé : le trait d’union entre mer et montagne
Cala Goloritzé est le meilleur exemple du lien entre les deux univers. Depuis le plateau de Golgo, la randonnée vers la plage représente environ 7 km, 500 m de dénivelé positif et environ 3 h 30. Elle reste une sortie à la journée, très différente du Selvaggio Blu, mais elle demande une bonne gestion de l’effort : la descente vers la mer est agréable, tandis que la remontée se fait souvent sous une forte chaleur.
L’accès à Cala Goloritzé est réglementé et soumis à réservation. Il faut donc vérifier les conditions locales en vigueur avant de bâtir son programme. Ce contrôle protège un site fragile ; il vaut mieux l’intégrer comme une contrainte normale que de concevoir tout son itinéraire autour d’un accès supposé garanti.
Randonnée côtière → descente contrôlée → baignade courte → remontée anticipée
Cette organisation simple évite de reproduire une mauvaise habitude que j’ai vue trop souvent : prolonger la pause à la plage, puis attaquer la remontée quand la chaleur baisse à peine et que les jambes ont refroidi. Garder de l’eau pour le retour est plus important que d’arriver au bord de l’eau avec un sac léger.
Organiser un séjour sans opposer côte et intérieur
La route SS125, l’Orientale Sarda, relie naturellement les paysages de montagne et la côte entre Baunei et Dorgali. C’est l’axe le plus intéressant pour associer les falaises du golfe d’Orosei, Cala Gonone, le plateau de Golgo et les accès vers les canyons de l’intérieur.
- Étape 1 → sélectionner un objectif principal → éviter l’accumulation de grosses journées. Un trek technique et un canyon profond ne se placent pas l’un derrière l’autre sans récupération.
- Étape 2 → choisir une base selon le terrain → réduire les transferts inutiles. Cala Gonone favorise l’accès maritime au golfe d’Orosei ; Nuoro et les villages de montagne facilitent les sorties du Gennargentu.
- Étape 3 → garder une journée souple → absorber la météo et la fatigue. Les falaises côtières, les crêtes et les canyons réagissent très différemment au vent, à la chaleur et à la visibilité.
Les problèmes les plus fréquents sur ces randonnées
« Le Selvaggio Blu est trop technique pour mon groupe »
Il ne faut pas tenter de simplifier l’intégrale en retirant seulement les rappels : les passages équipés, l’orientation et l’isolement font partie de l’identité du parcours. La bonne alternative consiste à choisir une randonnée à Cala Goloritzé, à explorer les criques depuis Cala Gonone ou à réserver le Selvaggio Blu à un séjour guidé.
« La remontée depuis une plage ou un canyon devient difficile »
La solution commence avant le départ : départ matinal, eau répartie entre les membres du groupe, nourriture salée, pauses courtes et temps de retour non négociable. Sur Cala Goloritzé comme à Su Gorropu, le retour impose souvent plus d’effort mental que l’aller.
« Les traces GPS ne correspondent plus au terrain »
Dans le karst de Baunei, les sentiers peuvent être peu visibles, recouverts de végétation ou croiser des traces pastorales. Il faut ralentir, revenir au dernier point certain et ne pas improviser de raccourci au bord d’une falaise. Sur le Selvaggio Blu, cette situation justifie pleinement un encadrement si l’orientation engagée ne fait pas partie de ses compétences régulières.
À retenir sur le terrain
Selvaggio Blu : un trek côtier de 40 à 45 km, spectaculaire mais réservé à une pratique technique solide ou à un accompagnement professionnel.
Gennargentu : le meilleur choix pour varier les niveaux, combiner canyon, sommets et villages de l’intérieur, puis retrouver le golfe d’Orosei par la SS125.
Ecrit par
Léa
Rédactrice de Visiter la Sardaigne, Léa partage ses conseils terrain pour préparer un séjour plus simple et plus local, de Cagliari aux criques du golfe d'Orosei.
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